mercredi 29 décembre 2010

De l'ulcération

Ange Politien

image

Janvier 2011 – Hermann – 30 €

Ange Politien, fin lettré de la cour des Médicis, a composé à Florence, dans la seconde moitié du Quattrocento, une œuvre poétique en italien et en latin, au sein de laquelle le long poème intitulé "Sylva in scabiem" ("De l’ulcération") apparaît comme un objet littéraire véritablement étrange : apparu d’ailleurs pour mieux se perdre, et n’être retrouvé qu’au milieu du XXème siècle, parmi les dossiers de Pic de la Mirandole conservés à Parme. Quel est donc le mal mystérieux qui ronge ce jeune homme, et dont il dépeint les ravages avec une extrême précision physiologique, une violence exacerbée, et une verve baroque incandescente ? Maladie du corps ou de l’esprit, ou les deux à la fois ? Les hypothèses ont
fleuri, allant de la gale à la mélancolie en passant par la syphilis...

Surveiller et jouir. Anthropologie politique du sexe

Gayle Rubin

2

Janvier 2011 - Rostom Mesli (ed.) – 28 €

Extraits de la préface de David Halperin et Rostom Mesli
« Notre amie Gayle Rubin »

Gayle Rubin est une légende vivante des études sur la sexualité et de la queer theory. Le Marché aux femmes, qu’elle écrivit lorsqu’elle était étudiante de premier cycle, devint très vite l’article d’anthropologie sociale le plus cité ; on considère qu’il a fondé les champs de la théorie féministe et des études de genre, et qu’il est à la base de tous les travaux ultérieurs sur la construction sociale du genre. En fait, Rubin semble avoir été la première anthropologue féministe à employer le mot de « gender » dans un texte imprimé. À « Penser le sexe », autre article qu’elle écrivit dix ans plus tard, on attribue la fondation des études sur la sexualité, des études gaies et lesbiennes, et de la queer theory. Par la suite, Rubin publia une série d’articles qui l’ont confirmée dans son statut de représentante la plus éminente de ce qu’elle a elle-même appelé « une théorie radicale de la politique de la sexualité ».
Au cœur de cette théorie, l’idée que voici : ce qui, dans nos sociétés, passe pour la morale sexuelle dissimule l’opération sous-jacente d’un système illégitime de stratification sexuelle que l’on accepte sans l’interroger ; cette morale sexuelle recouvre une façon d’organiser la vie sexuelle en fonction d’une hiérarchie de privilèges et de prestige qui veut que certaines formes de comportement sexuel soient approuvées et promues comme allant de soi, tandis que les autres, aussi bien que les personnes qui les pratiquent, sont considérées comme problématiques, mauvaises, inacceptables, et sont non seulement critiquées, mais aussi persécutées, pénalisées et vouées à l’élimination au nom de l’hygiène morale et sociale.
Il n’y a, pourrait-on penser, pas grand-chose de radical dans cette perspective. Ce serait oublier qu’elle fut produite dans un temps où de nombreuses formes de comportement sexuel restaient pénalisées. D’ailleurs, jusqu’en 2003, l’État du Michigan a continué d’interdire tout rapport sexuel anal, oral, ou manuel entre deux personnes, quel que soit leur sexe, et considérait de tels actes comme des crimes passibles d’amendes et de peines qui pouvaient aller jusqu’à quinze années de prison ; et ces lois étaient parfois appliquées.
Au cours des trois dernières décennies, Rubin s’est aussi consacrée à l’écriture d’une histoire, monumentale et minutieuse, de l’émergence et de la formation, aux États-Unis, d’une subculture sexuelle spécifique qui n’avait jamais été étudiée par un anthropologue de métier ; à savoir les communautés gaies dites « cuir ». Ce travail est passé par la description et l’analyse des identités sociales (et pas seulement des pratiques sexuelles) produites par les homosexuels sadomasochistes. Le contexte politique plus large dans lequel elle a œuvré s’opposait parfois violemment à son approche, laquelle envisageait les différences de pratiques sexuelles d’un individu à l’autre comme de bénignes variations du comportement humain.
Nombreuses étaient les militantes féministes qui considéraient Rubin comme l’ennemi – comme la représentante la plus importante, la plus puissante et par conséquent la plus menaçante d’une perspective qu’elles tenaient pour antiféministe.
Le modèle théorique de Rubin, dont le raffinement et l’audace vont bien au-delà de ce que l’on peut en rendre ici, a l’avantage d’expliquer l’inégalité de genre dans des termes féministes. Rubin, en effet, place l’origine de la domination masculine, non dans une nature présentée comme fixe ou inaltérable, ou dans une essence de la féminité ou de la masculinité, mais dans des modalités d’organisation sociale et dans des pratiques institutionnelles. Mais le modèle de Rubin est politiquement efficace en un autre sens : en constituant effectivement le genre en construction socioculturelle, il vient légitimer le féminisme – conçu désormais comme champ de recherche interdisciplinaire dont l’objet principal est de mener l’analyse et la critique intellectuelles de la construction socioculturelle du genre.
Elle y revint dix ans plus tard, dans « Penser le sexe », où elle introduisit une deuxième innovation capitale. Dans ce nouvel article, elle se proposait de contester l’idée que « le féminisme est ou doit être le lieu privilégié d’élaboration d’une théorie de la sexualité ». « Le féminisme, y écrit-elle, est la théorie de l’oppression de genre », et s’il est vrai que « le féminisme sera toujours une source de réflexion passionnante sur le sexe », Rubin considérait qu’il n’avait ni ne devait avoir le monopole de la question. Au contraire, « bien que le sexe et le genre soient reliés, ils ne sont pas la même chose, et ils forment le fondement de deux aires différentes d’interaction sociale ».
À partir de 1991 et de son article sur « Les Catacombes » en particulier, Rubin sembla s’éloigner de l’anthropologie générale qui avait caractérisé ses premiers travaux, pour se consacrer de plus en plus à l’ethnographie d’espaces plus circonscrits et à l’étude de subcultures sexuelles : elle écrivit désormais sur tel bar, tel club, tel petit segment de rue, tel quartier. Ce changement présente une dimension sentimentale évidente. On aurait tort, cependant, de l’y réduire, ou de ne pas en saisir les implications politiques aussi bien qu’épistémologiques.
Le travail de Rubin n’a pas été totalement ignoré en France, mais il y est resté méconnu. Et pourtant, Rubin elle-même n’est pas sans lien avec la culture française. En 1976, elle écrivit une introduction pour la traduction américaine du roman de Renée Vivien, Une femme m’apparut. Au début des années 1970, c’est-à-dire à une époque où Jacques Lacan restait encore assez peu connu aux États-Unis, elle assista à une séance de son séminaire ; elle fut aussi la première théoricienne du genre et de la sexualité à accorder au travail de Lacan une place prépondérante. Quand Michel Foucault se rendit à San Francisco à la fin des années 1970, il prit contact avec Gayle Rubin qui s’était présentée à lui quelques années plus tôt à la Bibliothèque nationale. Dans sa découverte de la vie homosexuelle san-franciscaine et de la subculture sadomasochiste, Foucault bénéficia grandement de la connaissance qu’avait Rubin de la ville. Foucault reconnut d’ailleurs sa dette à la fois personnelle et épistémologique dans une interview où il évoque « notre amie Gayle Rubin ». La parution du présent recueil va enfin permettre aux lecteurs français de relire les réflexions que livre Foucault, dans les interviews de ses dernières années, sur la politique et sur l’éthique du sadomasochisme homosexuel masculin, à la lumière des écrits si marquants de Rubin sur le même sujet et à la même époque – et de goûter quelque chose de la saveur électrique de ces années enivrantes qui produisirent les pensées les plus audacieuses de notre temps sur le sexe, l’éthique et la politique, élaborées par des individus qui faisaient collectivement l’expérience physique et intellectuelle des limites des possibilités humaines.

Répondre de la parole

Daniel Lemler

9782749213477FS

Janvier 2011 – Erès – 23 €

« Mais où est passée l'humanité dans tout cela ? » Ce cri du coeur, poussé par une femme venant d'effectuer un long parcours en « FIV » dans un grand service parisien, introduit magistralement la question qui sera traitée dans cet ouvrage.
Alors que nombreux sont ceux qui déplorent la déshumanisation de notre société, l'auteur pose la question. « Quelle est ta part dans ce qui t'arrive ? », qui pourrait être le symbole de notre lutte contre la déshumanisation. Elle nous interpelle au lieu de notre subjectivité et nous invite à être hic et nunc, auteur de notre parole et d'en répondre.

mercredi 22 décembre 2010

Savoir inconscient et droits de l'homme

Revue INSISTANCE - Coordination : Alain DIDIER-WEILL - Paolo LOLLO

4

Décembre 2010 – Editions Erès – 25 €

À quelles conséquences prêtent la reconnaissance ou la nonr econnaissance de « l'homme » qui est annoncée dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme ? À ceux qui considèrent que la croyance en « l'homme » universel contribue au désordre du monde, s'opposent ceux qui se trouvent poussés à affirmer que c'est, au contraire, sa négation qui induit le malaise de notre culture. Au delà de sa dimension d'universalité, l'expression « l'homme » évoque aussi un indéterminé qui, en posant l'existence d'un au-delà du déterminé, demande au philosophe, à l'homme politique, à l'artiste, au psychanalyste de se prononcer sur le sens qu'acquiert aujourd'hui pour eux le mot « liberté ». La psychanalyse maintient vivace le droit de l'homme à devenir ce qu'il n'est pas encore, en accentuant - au-delà des différents articles de la déclaration universelle - l'existence d'un article unique et absolu : droit de l'homme devenu parlant à se reconnaître et se faire reconnaître comme parlant : tout à la fois endetté et libéré par la parole.

Ont participé à ce numéro : Gerard ALBISSON - Fabienne ANKAOUA - Dominique BERTRAND - Pascale CHAMPAGNE - Jean CHARMOILLE - Danielle CHARMOILLE - Marco antonio COUTINHO JORGE - Eric DIDIER - Claire GILLIE-GUILBERT - Claude MAILLARD - Denise MAURANO - Colette MAURI - MITCHELEE - Jean NOEL - Baldine SAINT GIRONS - Charles SARFATI - France SCHOTT-BILLMANN - Frederic VINOT - Jean-michel VIVES - Alain ZAEPFFEL -

Le réel insensé - Introduction à la pensée de Jacques-Alain Miller

Nicolas Floury

3

Paru le : 03/11/2010 – Editeur : Germina – Collection : Les clés de la philo – Prix : 16 €

Ce livre reprend l'essentiel de la pensée de Jacques-Alain Miller.
Cette pensée prend son envol dans la philosophie pour aboutir à l'élaboration d'une nouvelle clinique et de nouveaux concepts psychanalytiques. Elle fait passer la psychanalyse du registre du sens à l'ordre insensé et sans loi du réel. C'est là prendre au sérieux le changement de paradigme proposé par Lacan dans son tout dernier enseignement. Le " cap vers le réel " que nous propose Miller est-il tenable ? Quelles en sont dès lors les implications pour la clinique psychanalytique ? Comment comprendre qu'il puisse ainsi s'agir d'abandonner les rives de la signification ? Et surtout quelle politique peut-on déduire d'une telle pratique rénovée de la psychanalyse '? C'est principalement à ces questions que cet ouvrage, le premier consacré intégralement aux travaux de Jacques-Alain Miller, se propose d'introduire.
Le lecteur y découvrira une pensée haute en couleur et désireuse de répondre aux impasses croissantes de la civilisation, mais aussi quelques mises au point sur les polémiques qui entourent et ont entouré Jacques-Alain Miller. Il y découvrira aussi, comme en filigrane, une élucidation de certains points obscurs de la pensée de Jacques Lacan.

mercredi 15 décembre 2010

La condition humaine n'est pas sans conditions

Jean-Pierre Lebrun - Entretiens avec Vincent Flamand

image

Octobre 2010 – Editions Denoël – Prix : 22 €

Erasme 1 avançait : « On ne naît pas humain, on le devient. » Mais comment peut-on le devenir? Quelles évolutions, quelles contraintes doit-on accepter, dès l'enfance puis tout au long de son existence, pour pouvoir vivre véritablement comme un homme? Et en quoi la société dans laquelle nous vivons favorise-t-elle ou empêche-t-elle ce parcours vers l'humanisation? Autant de questions que Jean-Pierre Lebrun travaille à clarifier depuis de très nombreuses années.

Refusant à la fois la nostalgie d'un passé idéalisé et d'être aveuglé par les sirènes du « progrès », il se demande si nous sommes encore capables, voire soucieux, de désirer. Sachant que le désir, le propre de l'homme, a affaire au langage et au manque. Et qu'il se différencie de la jouissance, comblante et par là même mortifère. Or notre société dite néolibérale, imposant la recherche éperdue de ladite jouissance, confondant égalité et égalitarisme. affaiblissant la fonction paternelle au nom du rejet, certes légitime, du patriarcat, tend à dévaloriser tout ce qu'implique la condition humaine. Ce qui a des conséquences majeures, et très concrètes, qu'explore ici Jean-Pierre Lebrun, dans tous les domaines de la vie individuelle et collective : la politique, l'éducation, la culture, le psychisme et ses pathologies, mais aussi la vie conjugale ou les modes de consommation.

Une réflexion profonde mais accessible, du point de vue de la psychanalyse, sur les problèmes cruciaux que doit affronter l'homme contemporain.

dimanche 12 décembre 2010

Quelque chose à dire à l'enfant autiste

J-A Miller, E. Laurent, A. Stevens, Ph. Lacadée, B. De Halleux

3

Octobre 2010 – Edition : Michele – Collection : Je est un Autre – Prix : 21 €

Ce livre retrace l’expérience d’un centre spécialisé, l’Antenne 110, qui accueille des enfants autistes depuis trente-cinq ans. Les textes rassemblés ici témoignent d’une clinique institutionnelle inventive dont le socle a été nommé “pratique à plusieurs”, pratique qui trouve ses racines dans le langage. Il a pour but de montrer et d’attester que les enfants souffrant d’autisme ont un potentiel spécifique pour y suppléer à condition d’être entendus dans ce qu’ils ont à nous dire. La pratique de ce centre donne un éclairage atypique sur les ressources de ces enfants pris dans leurs stéréotypies et exclus du discours commun ainsi que sur des réponses inédites que les intervenants leur adressent. Sa lecture permet aux professionnels - éducateur, paramédical, psychologue et psychiatre - de trouver une position juste dans leur écoute et dans leurs interventions auprès des enfants. En outre, ce livre traduit et met en forme le savoir intuitif que les parents manifestent dans leur rencontre avec ces professionnels. Au-delà de la clinique originale développée au fil des pages, le lecteur découvrira une prise de position décidée, un désir de savoir et de « savoir y faire » avec ces enfants, un désir fondé sur une éthique analytique sans concession.

Revue Sigma n°4 : De Mens

Vient de paraitre – 16 €

3

EDITORIAL

CLINIQUE

Trajet d’un sujet au sein d’un EHPAD

Élisabeth Germain

Quand un sujet perd l’esprit

Aurélie Gougeon, Mathilde Coudray

« J’ai toujours oublié »

Marie Leblanc

Madame T. et son reflet

Kathy Dartier

Du deux-coupage au nouage

Béatrice Brault-Lebrun

Le dys fonctionne

Dorothée Delbary

RECHERCHES

Fonction du prête-mot et construction de fiction

S. Borgogno, K. Dartier, M. Leblanc, W. Robin-Vinat

Démence ou inhibition psychotique ?

François Sauvagnat, Maud Vinet-Couchevellou

Effets de formation. Un pari pour la subjectivité

Claudine Valette-Damase

De l’esprit du Mens au corps du dément

Mathieu Rouet

Au sujet d’une maladie étrange du cortex cérébral

Aloïs Alzheimer, trad. de Susanne Hommel et Lore Salzer

Présentation et introduction à : « Les états régressifs... »

Mathieu Personnic

Les états régressifs aigus chez les vieillards

Georges Daumézon

OUVERTURES

Q.I Interruptus

Catherine Thimeur-Tencé

Ce qui laisse à désirer

Christophe Even

À propos de « Un monde sans fous »

Agnès Chartier

Rencontre. « 11.19 Une jambe en moins dans la tête »

Agathe Merlin

Chronique d’une découverte science-ationelle :

Lathouse et Alzheimer

Texte et oeuvre p.190-191 : Pierre Daniel

jeudi 9 décembre 2010

L’En-Je lacanien n°15 : Rencontre et répétition

Rédacteurs en chef : Michel Bousseyroux, Didier Castanet et Antonio Quinet

3

Parution : janvier 2010 – Editions Erès : prix : 25 €

La répétition est un concept fondamental de la psychanalyse que Lacan articule, pour la situer par rapport au réel, avec celui de tuché, comme rencontre manquée avec le réel. Qu'il s'agisse de la rencontre avec le réel du père, du sexe, ou de la mort, le névrosé ne rencontre le réel qu'en le ratant. Mais ce ratage peut être parfois occasion à ne pas manquer, kairos, pour se réveiller au réel.

Ont participé à ce numéro : Michel BOUSSEYROUX - Nicole BOUSSEYROUX - Didier CASTANET - Monique DESORMEAUX - Anne-marie DEVAUX - Xavier DOUMEN - Anne JOURDAIN -Marie-jose LATOUR - Serge LAZARO - Dominique MARIN - Progreso MARIN - Anne-marie MOUREY - Albert NGUYEN - Jacqueline PATOUET - Sophie ROLLAND MANAS - Colette SOLER - Pierre SOULAGES - Axel TUFFERY -

dimanche 5 décembre 2010

Les Paradoxes du délire Wittgenstein, Schreber et l'esprit schizophrénique

Louis A. Sass

ITHPAP002

Traduit de l'anglais par Pierre-Henri Castel

Parution : 13 décembre 2011 – Editions : Ithaque – Prix : 24 €

Les Paradoxes du délire est un essai sur la philosophie et sur la folie – sur la folie comme proche parente de la philosophie, et sur la philosophie comme une espèce de la folie.
Être fou, tant dans la pratique clinique que dans l’imagination de tout un chacun, est considéré comme un état de l’esprit où l’on croit des choses fausses et où l’on en perçoit d’autres qui n’existent pas. Mais bien des schizophènes n’agissent pas comme s’ils prenaient leurs délires pour la réalité. Dans un travail d’une pénétration et d’une sensibilité exceptionnelles, Louis Sass fait voler en éclats les conceptions reçues du délire, en mettant en regard les notes autobiographiques d’un schizophrène paranoïde – le célèbre Daniel Paul Schreber – avec les écrits du philosophe (ou de l’antiphilosophe) Ludwig Wittgenstein.
Quantité de « maladies intellectuelles » que Wittgenstein a détectées en philosophie – ces maladies qui impliquent le détachement à l’égard de la vie en société comme de toute préoccupation pratique, ainsi qu’une pente exagérée à l’abstraction et à la centration de la conscience sur elle-même – présentent de frappantes affinités avec les symptômes de la schizophrénie. La schizophrénie, démontre ainsi Louis Sass, pourrait bien être non la perte de la rationalité, mais le point ultime sur la trajectoire d’une conscience s’involuant sur soi seule.

L'auteur

Louis Arnorsson Sass, docteur en philosophie, est professeur de psychologie clinique à l’université Rutgers (New Jersey), où il occupe également les fonctions de chercheur au Centre des Sciences cognitives et de professeur de Littérature comparée. Ses travaux, toujours marqués par l’interdisciplinarité, se situent à la croisée de la psychologie clinique, de la philosophie, des arts et de la littérature. Ils incluent des études phénoménologiques à propos de la schizophrénie et sur les notions de «vérité» et de «Soi» en psychanalyse, en philosophie herméneutique et à l’époque postmoderne. Il est notamment l'auteur de Madness and Modernism: Insanity in the Light of Modern Art et de Literature and Thought.

mercredi 1 décembre 2010

Savoirs et clinique N° 12, octobre 2010 : Freud et l'image

Franz Kaltenbeck  (dir.), Collectif

2

Paru le : 25/11/2010 – Editeur : Erès – Prix : 28 €

"Freud et l'image", issu d'un colloque interdisciplinaire, cerne la tension entre l'image dont le sens se laisse dévoiler et une autre fonction de l'image, qui excède le discours, porteuse d'effets esthétiques ou productrice de symptômes.
La psychanalyse tient compte des effets structurants de l'image, lisibles dans sa clinique (l'image du corps propre est le support précoce du moi, un cauchemar peut pousser au suicide). Mais des axes différents traversent sa théorie de l'image. Ainsi, dans La Science des rêves, Freud dévoile un sujet divisé qui, dans son sommeil, est soumis à une véritable passion des images. L'image semble être ici serve du logos, Freud comparant le rébus du rêve aux hiéroglyphes.
En revanche, Lacan met l'accent sur la puissance de l'image à travers la fixité du fantasme et traite l'imaginaire comme une donnée irréductible de l'expérience humaine. Les images, enracinées dans le désir de l'Autre, sont le vecteur de toutes sortes de volontés idéologiques, religieuses ou politiques. Des auteurs ont étudié le surgissement de l'image dans la littérature. D'autres, inspirés par le regard de Freud sur l'art, ont questionné l'art contemporain (peinture, photo, vidéo, cinéma) afin d'en tirer des conséquences novatrices pour la psychanalyse.
Ce numéro a été publié avec l'aide du CRIMIC, Centre de recherche interdisciplinaire sur les mondes ibériques contemporains, de Paris-Sorbonne.