mercredi 17 août 2011

Lacan, envers et contre tout

Elisabeth Roudinesco

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Septembre 2011 – Seuil – 15 €

L’homme continue à faire l’objet des interprétations les plus extravagantes, tantôt idole tantôt démon.
Mais le contexte, lui, a changé : l’époque héroïque de la psychanalyse a pris fin, nous vivons l’éclosion des psychothérapies, mille et une façons d’apaiser les souffrances contemporaines en vertu de pratiques toujours plus réglementées par l’Etat. Rappeler, dans ces conditions, ce que fut la geste lacanienne, c’est se souvenir d’abord d’une aventure intellectuelle et littéraire qui tint une place fondatrice dans notre modernité : liberté de paroles et de moeurs, essor de toutes les émancipations (les femmes, les minorités, les homosexuels), l’espoir de changer la vie, l’école, la famille, le désir.
Car si Lacan se situa à contre-courant de bien des espérances de l’après-68, il en épousa surtout les paradoxes, au point que ses jeux de langage et de mots résonnent aujourd’hui comme autant d’injonctions à réinstituer la société. Retour sur sa vie, son oeuvre, ce qu’elle fut, ce qu’il en reste, avec pour guide sa meilleure spécialiste.

Je parle aux murs

Jacques Lacan

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Août 2011 – Seuil – 12 €

Ces murs sont ceux de la chapelle de Sainte-Anne.
Invité à y prononcer des conférences, Lacan, 70 ans, y retrouve sa jeunesse d’interne en psychiatrie. Il s’amuse, improvise, se laisse aller. C’est du savoir qu’il parlera, annonce-t-il, et l’intention est polémique : les meilleurs de ses élèves, eux, captivés par l’idée que l’analyse fait le vide, ont levé le drapeau du non-savoir, emprunté à Georges Bataille. Non, dit Lacan, la psychanalyse procède du savoir, d’un savoir supposé, supérieurement organisé, qui est l’inconscient.
On n’y accède que par deux voies : la vérité, d’abord (l’analysant s’efforce de dire tout ce qui lui passe par la tête), la jouissance, ensuite (l’analyste interprète toujours les dits de l’analysant en termes de libido ). Deux autres voies en barrent l’accès : l’ignorance (s’y adonner avec passion, c’est toujours consolider le savoir établi), et le pouvoir (passion de la puissance, d’où méconnaissance de ce que seul révèle l’acte manqué).
Ce qu’enseigne la psychanalyse de plus précieux, c’est l’impuissance. Leçon de sagesse pour une époque, la nôtre, qui voit la bureaucratie, au bras de la science, rêver de changer l’homme dans ce qu’il a de plus profond, que ce soit par la propagande (les campagnes anti-tristesse), la manipulation directe du cerveau (NeuroSpin), ou la bio-technologie .

jeudi 11 août 2011

… pas sans Lacan. Dix questions de clinique psychanalytique

Jean-Michel Louka

Mise en page 1

Juillet 2011 – Ed. Lambert-Lucas (Limoges) – 10 €

Ces dix questions de clinique psychanalytique reprennent le fil du séminaire public donné par l’auteur à l’École Lacanienne de la Salpêtrière entre 2003 et 2010. L’ouvrage aborde successivement la question de la définition de la psychanalyse ; de sa pratique et de sa transmission; de la formation des psychanalystes; de leur statut, notamment face aux «psychothérapeutes professionnels» récemment institués par l’État (loi de 2004 et décret d’application de 2010) ; de l’avenir et du bilan de la discipline, avant d’aborder les thèmes fondamentaux des liens existant entre Freud et Lacan, du transfert et du féminin. Revenant au passage sur des aphorismes tels que «L’inconscient est structuré comme un langage » ou «Il n’y a pas de rapport sexuel» qu’il remet en contexte et explique dans un langage simple non dépourvu d’humour, l’auteur présente de façon claire et synthétique les apports de Lacan à l’histoire de la psychanalyse.

 

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mardi 9 août 2011

MENTAL n°26 : Comment la psychanalyse opère

Revue internationale de psychanalyse

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Editorial

“ C’est d’un véritable volume qu’il s’agit ici.
Il est logiquement structuré par ses quatre éléments qui, comme autant de faces différentes d’un même solide, tentent d’élucider l’affirmation : comment la psychanalyse opère (1).
La première séquence forme une unité à lire comme telle. Quatre analysants témoignent et transmettent ce que fut pour eux, dans leur singularité, leur analyse. En tant qu’elle fut poussée jusqu’à son terme logique – validé comme tel par une procédure ad hoc : la passe. Ils en déploient les effets. Si la psychanalyse relève, pour une part, d’émergence d’effets de vérité sur les symptômes, elle ne se réduit pas, loin de là, à cela. Est ici plus particulièrement interrogée la dimension par où elle opère sur le désir, sur le pulsionnel qui « habitent » chacun d’eux. Ils en débattent ensuite avec deux analystes ayant eux aussi conduit leur analyse à terme. Cette séquence enserre – non par hasard, mais par nécessité – la question de la pratique analytique et du devenir analyste. C’est dans sa propre analyse que le psychanalyste trouve
le ressort de son action. C’est là sa « formation ».
C’est donc des pratiques analytiques qu’il est question dans la séquence suivante. Des praticiens de l’Europe entière, voire au-delà, y exposent, au plus précis, en quoi consiste la leur. En tant qu’elle n’est pas uniquement technique, mais qu’elle ne vaut que dans la contingence de la rencontre singulière avec le dit patient. Symptômes, jouissances, interventions, effets.
S’y dessinent – dans la série – non seulement la diversité des identités et symptômes contemporains (2), mais aussi comment la psychanalyse permet de les aborder. Avertie que le symptôme est biface. S’il est source de souffrance,
d’excès, d’inhibition, de ravage, s’y logent aussi pour une part fonctionnement, mode de vie et jouissance. à ce titre, s’il nécessite parfois traitement, il s’aborde avec éthique, respect et ne s’éradique pas en tant que tel. Les patients, par leurs dires, leur présence, finissent par prendre corps dans ces exposés, par en émerger en filigrane. C’est une conséquence éthique.
La séquence finale, qui s’aborde et se lit aussi en tant qu’unité, se veut rendre compte avec rigueur de ce qui fait « contrôle » de la pratique analytique.
Ce volume – loin des fausses évidences et des simplismes généralisants – demande que le lecteur y mette du sien. L’objet le requiert.
Jacques-Alain Miller y trouve occasion de réinterroger ni plus ni moins que le coeur même de la doctrine de la psychanalyse. Le texte que ce volume publie sera dorénavant d’orientation : l’interprétation trouvera maintenant à s’inscrire dans ce Lire un symptôme.”
Yves Vanderveken