vendredi 27 avril 2012

Comment la souffrance se dit en rêves ?

Danièle Pierre



Mai 2012 - PUF - 16,50 €

« Le rêve est la voie royale qui mène à l’inconscient », disait Freud. La clinique transculturelle nous invite à lui redonner une place centrale, dans le transfert et dans la thérapie ethnopsychanalytique. D’abord parce que le rêve apparaît déjà interprété de l’intérieur par la culture : le remaniement préconscient de sa façade ordonnant les choses selon la logique culturelle du rêveur, selon sa « vision du monde ». Ensuite parce que nombre de cultures traditionnelles lui accordent une importance capitale dans le processus thérapeutique. 
L’auteur retrace à cet égard les apports de Géza Roheim (Les portes du rêve) et surtout de Georges Devereux (Psychothérapie d’un Indien des Plaines est le premier compte rendu complet d’une thérapie transculturelle). 
Elle propose ensuite de redécouvrir l’intérêt d’un concept freudien longtemps considéré comme mineur : celui de l’élaboration secondaire du rêve, c’est-à-dire le remaniement préconscient de sa façade qui le rend intelligible et communicable dans le registre de la pensée diurne. 
À la lumière de ce concept, à travers l’histoire clinique d’une mère de famille marocaine immigrée en Belgique, le rêve apparaît comme un lieu privilégié de ce qui se noue entre l’individu et son univers culturel. Et il reste toujours le paradigme du travail psychique dans la cure !

jeudi 26 avril 2012

L'Unebévue N°29 : LACAN DEVANT SPINOZA, CRÉATION/DISSOLUTION

L'Unebévue 2012, 22 €




Sommaire

- Il y avait une erreur quelque part. François Matheron. p11

- Louis Althusser et le "groupe Spinoza". François Matheron. p13

 Derrière la reprise de la philosophie conçue comme tâche politique numéro un se dissimule sans doute une transformation beaucoup plus profonde de l’idée même de politique, immédiatement vécue comme impossible, et le « groupe Spinoza » est peut-être, avant tout, un groupe Machiavel dénié. Le « Spinoza » en question est un Spinoza machiavélisé. On le sait aujourd’hui : Althusser s’est profondément identifié, souterrainement, à Machiavel : lorsqu’il réfléchit sur lui-même, il y a toujours Machiavel en toile de fond, et lorsqu’il travaille sur Machiavel, il pense toujours en même temps à lui-même.

- Le sujet du sacrifice : Lacan devant Spinoza. Gabriel Albiac. p31

Nous avons fait le détour par Spinoza – écrivait Althusser – pour voir un peu plus clair dans le détour de Marx par Hegel. Lacan ne se trompait pas lorsqu’il voyait, en 1964, dans ce  rapport à Spinoza, le point d’accord avec ce renouveau du marxisme qui trouvait son noyau chez Althusser dans les années 1960. Il y a du malentendu là, peut-être. Il faudrait, toutefois, prendre le risque de jouer sur ce problème. Il fixe un point de non-retour dans l’histoire du marxisme, mais aussi dans la formulation définitive de la refondation lacanienne de Freud : le spinozisme comme lieu obligé d’une théorie matérialiste de la subjectivité.

- Court billet. Jean-Paul Abribat. p49

Si dans la philosophie, et éminemment celle de Spinoza, la psychanalyse a à reprendre son bien, elle ne peut le faire qu’en perdant la philosophie, et éminemment Spinoza, mais elle ne peut le faire que de traviol.

- Deux "tourniquets" ou une topique : Althusser comme Missing link entre la philosophie, la psychanalyse et la politique. Yoshihiko Ichida. p51

 Examinons de près le rapport entre les trois composantes des « tourniquets » : le concept, le réel appelé événement ou lutte des classes, et le désir ; la philosophie, la politique et la psychanalyse. Le « tourniquet des concepts » est composé des deux premières, et celui « du désir », de la première et de la troisième. Notre intérêt est d’observer ce qui se passe entre les composantes avant qu’elles n’aient deux points nodaux, deux « tourniquets ». Il s’agit d’un rapport à trois termes, d’un système de trois « lieux », qui produit deux sortes de rapport à deux termes.

- Fragments de la machine d'écriture d'Althusser. Les lettres à Franca. Marie-France Basquin. p67

 Malgré l'enchantement du style et la richesse des propos, force est de constater qu’un envahissement progressif oblige, à plusieurs reprises, à arrêter la lecture, à délaisser ce livre imposant de plus de 700 pages. À travers les mises au point récurrentes de Louis à l'occasion des rendez-vous avec Franca, rendez-vous prévus, rêvés, et parfois annulés par lui ou par elle, les lettres, insidieusement, créent peu à peu un enfer. Quelle machine à lettres s’est donc mise alors à fonctionner, entre eux, et pour le lecteur ? On pense évidemment à Kafka, et à la si belle étude de Deleuze et Guattari. S’agirait-il de la même sorte de machine littéraire ?

- Le concept est-il l'apanage du philosophe ? Stéphane Nadaud. p83

S’il est une question que pose le livre d’Attal, La non-excommunication de Jacques Lacan, c’est bien celle du concept. Pluriel plutôt que singulier : questions quant à sa construction, ses déplacements, ses transformations, ses dénominations. Sautant de Spinoza à Lacan (avec ou sans Spinoza), de Machiavel à Althusser (avec ou sans Machiavel), d’Althusser à Lacan et de Lacan à Althusser, le livre de José Attal invite à se demander, de l’Amor intellectualis Dei au désir de l’analyste, passant par le prince, si tout cela est encore, in ou out la philosophie, une question de concepts.

- Un flagrant délit de légender. Mireille Lauze et Jean Rouaud. p93

Pour Gilles Deleuze il y a le cinéma politique classique qui exalte la présence d’un peuple existant, et le cinéma politique moderne, celui de Pierre Perrault, qui «contribue à l’invention d’un peuple là où le maître a dit : pas de peuple ici ». Le cinéma de Perrault est exigeant : voir ce peuple qui manque, peuple mineur et invisible, exige un décentrement du regard car il est plus facile d’enfermer l’autre dans une identité culturelle représentée que de le saisir dans le mouvement d’un peuple à venir.

- Une expérience palpitante. Yan Pélissier. p105

Le 22 novembre 2011, Stéphane Nadaud était l’invité de Book-en-train à l’hôpital de jour pour adolescents de la rue Bayen, à Paris dans le 17e arrondissement, pour un débat autour de son livre Fragment(s) subjectif(s).

- La guerre du soin n'aura pas lieuNunzio d'Annibale. p109

J'ai donc écrit mon mémoire de Master 1 sur le déménagement du Centre de jour de Chatelet-Les-Halles, au 5 rue Saint-Denis dans le 1er arrondissement, sur une péniche dans le 12e. Un mémoire de psychologie clinique sur une question aussi futile, sur un déménagement, je peux vous dire que ça n'a pas plu à tout le monde.Vous avez dû lire un tas de petits articles plus idiots les uns que les autres, sur le sujet. Ce bateau fait un tabac. Ça enfume la Psychiatrie. Après n'avoir parlé que des schizophrènes meurtriers et des Unité pour Malades Difficiles, les voilà qui nous font le coup de la croisière s'amuse. Poor Adamant!

- Lacan en crise. Fantaisie. Christian Simatosp117

La façon dont Lacan jouait de sa personne déconcertait. C’est cela qui produisait la question « que me veut-il ? ». Question que je pourrais formuler autrement : quelle est cette dette qu’il creuse en moi par un discours qui me parle sans s’adresser à moi et auquel je manque à savoir répondre ? Vous voyez que nous ne sommes pas loin du discours amoureux. Il va sans dire que je n’ai pas adopté cet éclairage sans un sérieux recul. J’en déduis, et mon interprétation se résume à cela, j’en déduis qu’on l’aura lâché par dépit, et je me permets d’imaginer que ceux qui l’ont lâché auraient renoncé aux avantages d’une reconnaissance par l’IPA s’ils n’avaient pas été pris dans cette dimension du dépit amoureux.

- Documents sur l'histoire des rapports de la SFP et de Lacan, 1953/1967. Traduit par José Attal. p125

Compte rendu d’une réunion à Londres entre les représentants d’Edimbourg de la SFP et les membres londoniens de la Commission – 25 novembre 1962. Traduit par José Attal.

- Stein chez Lacan, Lacan chez Stein : moments. Jean Allouch. p133

Dans le débat qui les opposa, à moment donné, ce ne fut plus Stein mis en danger par Lacan, mais Lacan par Stein. Lacan dit alors : « L’Autre n’est en aucun cas un lieu de félicité. » Ou encore : « Ce n’est pas le paradis qui est perdu. C’est un certain objet. » Au regard du mysticisme, la seule position tenable, selon Lacan à ce moment-là, fut de ne rien vouloir en savoir. Et c’est donc le mysticisme qui fit ce jour-là point d’achoppement, de rupture. Disposant aujourd’hui d’un certain recul, on sait que Lacan n’a pas pu s’en tenir à ce radical rejet du mysticisme qu’il brandissait contre Stein. Le registre de l’amour chez Lacan, je crois l’avoir montré, est précisément celui-là : mystique.

- Le point de retournement de Lacan. Création/Dissolution. José Attal. p145

 « C'est vous, par votre présence, qui faites que j'ai enseigné quelque chose ». Lacan n’a jamais varié là-dessus, non seulement il n’y a aucun gradus, mais les analysants sont une part active du public. Lacan parle à ceux qui sont en tension avec sa personne, tension produisant une configuration des limites, et qu’il appelle, selon l’usage de la physique quantique et de l’électrostatique : écrantage. Quand il sera mort, et « il est sûr que c’est l’avenir », comment se fera le réglage de la limite dans la configuration des résistances? Le séminaire Dissolution continue de résister, ce n’est guère étonnant puisque la dissolution, c’est l’acte analytique même.

- Jacques Lacan. Séminaire Dissolution, séances de novembre et décembre 1979.Notes de Mayette Viltard. p170

 Les trois premières séances du séminaire Dissolution furent brèves, devant un public très clairsemé. La question soulevée était pourtant d’importance : en quoi est-il différent qu’un nœud borroméen se défasse ou se rompe ? On trouvera l’ensemble du séminaire, 1979-81, sur le site www.unebevue.org

- L'intimité des diagrammes. Claude Mercier. p179

Peirce retient surtout la dimension analogique du diagramme réduit à un rôle d’icône relationnel, alors que Jakobson affirme la dimension virtuelle de tout diagramme, le devenir. En tordant Peirce et en détournant Hjelmslev, Deleuze et Guattari font du diagramme la déterritorialisation absolue, lui donnant toute sa puissance de virtualité. Diagramme et dispositif, le débat entre Deleuze et Foucault, en particulier à propos de Surveiller et punir, doit être étudié, ce qui donne un éclairage inattendu sur la fonction diagrammatique des entretiens que Foucault donnait, en France ou à l’étranger.

- Un rêve mathématique. Colette Piquet. p207

Ce rêve, je l’ai rêvé après avoir lu la veille l’article enchanteur de Gilles Châtelet, « L’enchantement du virtuel ». J’ai rencontré Gilles Châtelet et son enchantement du virtuel un jour où je me demandais quel statut donner aux fantômes du Tour d’écrou de Henry James. Je me suis sentie dans une telle proximité avec les mots, les phrases de Gilles Châtelet que je me suis laissée avaler par lui ou que je l’ai avalé, le temps d’un rêve. Tant je l’ai aimé qu’en lui encore je vis, pourrais-je dramatiquement écrire avec Wittig.

- "J'espère que non !" la dénégation de Royaumont. Jean-Claude Dumoncel. p219

En 1958, à Royaumont, eut lieu un colloque publié sous le titre La philosophie analytique, avec un Avant-Propos de Leslie Beck dans lequel Beck affirmait qu’entre philosophie analytique et philosophie continentale « plusieurs oppositions se montrèrent irréductibles ». Pour les illustrer, il donnait entre autres cette version de la confrontation entre Ryle et Merleau-Ponty : quand Merleau-Ponty demanda : « notre programme n’est-il pas le même ? », la réponse ferme et nette fut : « J’espère que non ».

- Approche de la notion d'autopïèse chez Félix Guattari. Quelle capacité certains systèmes ont-ils de reconstituer en permanence leur structure ? Françoise Jandrot.p223

Guattari écrivait, à propos du livre de Pierre Lévy : « L’ère machinique qui s’ouvre devant nous n’est donc pas nécessairement corrélative de maléfice et de catastrophe ! Tout dépend ici des options éthico-politiques des agencements collectifs d’énonciation qui prendront en charge cette « mécanosphère ». Une des directions prometteuses de ce travail serait sa jonction – toujours les interfaces ! – avec la réflexion de Francisco Varela sur l’autopoïèse, à savoir la capacité des certains systèmes de reconstituer en permanence leur structure ».

- La prison de Lascaux et la grotte du temps logique. Xavier Leconte. p229

Le titre se présente comme un lapsus ; il y a une inversion qu’on voudrait corriger : la grotte de Lascaux et la prison du temps logique ! Sous sa forme inversée, il répond cependant assez bien à ce dont il va être question. Des choses se sont passées entre la grotte de Lascaux et la prison du temps logique, des effets de contamination, d’altération de l’une par l’autre, de la prison par la grotte et réciproquement, des effets qui justifient plutôt ce désordre, cette anomalie liminaires.


dimanche 22 avril 2012

La Cause du désir n° 80 : Du concept dans la clinique

Février 2012


Navarin Editeur - 16,25 €


Éditorial
En ligne avec Jacques-Alain Miller

Du concept dans la clinique


Un bien-dire épistémologique, Serge Cottet
D’un lieu commun…, Pauline Prost
Lacan et son usage du concept, Jean-Louis Gault
Une théorie atopique, Rose-Paule Vinciguerra
« L’Autre qui n’existe pas » et l’inconscient, Pierre-Gilles Guéguen
Ce qui résiste à l’inconscient, Pierre Malengreau
L’interprétation et au-delà, Sophie Marret-Maleval

Du concept dans la passe


Le rien et le massif, une rencontre contingente, Patricia Bosquin-Caroz
L’équivoque, Sonia Chiriaco

Enjeux cliniques


Un éclair dans la clinique, Catherine Lazarus-Matet
Du dit au dire : la place de l’interprétation, Dominique Laurent
Interpréter ce que l’enfant sait, Hélène Deltombe
De la scansion dans la clinique, Jeanne Joucla
Le concept de discours analytique : un outil clinique, Victoria Horne-Reinoso

Lacan dans le monde


Esquisses d’économie politique et psychanalyse, Juan Carlos Indart

Exthème


L’amour, encore, Lilia Mahjoub
Nathalie Sarraute : variations autour de l’impossible à dire, Pénélope Fay

La passe
Un arrachement du réel, Hélène Bonnaud

Rencontre avec Jean Pierre Raynaud
L’intime et la matière 

Élucidations dans le tumulte


Dialogue sur quelques spectacles récents supposés blasphématoires, François Regnault
Le lien social et le sujet : de la totalité à la surprise, Philippe La Sagna

La plume alerte


Entre chiens et loups. Hontologie d’Emmanuel Carrère, Philippe De Georges
Le moment républicain, Pauline Prost

La pause freudienne


Objectif : Jean-Christian Bourcart, Léonor Matet


Les autistes doivent-ils nous écouter ou devons-nous les entendre ?

Jean-Pierre Rouillon et Gilles Chatenay



Avril 2012 - Editions du Losange - 16 €


Extrait de l’avant-propos d’Alexandre Stevens :

« […] Dans un premier temps, nous faisons connaissance avec l’enfant, nous l’abordons sans savoir ce qui convient pour lui, nous cherchons à suivre ses signifiants,ses inventions. C’est le temps nécessaire de la rencontre puis au surgissement d’une surprise. Ensuite nous soutenons l’invention du sujet. Ces inventions seront bien sûr très différentes d’un sujet à l’autre, au cas par cas. Certains s’attacheront à un effort de bien-dire afin de traduire le mieux possible ce qu’ils rencontrent. Ainsi cet enfant perdu dans des histoires sans fin d’allure mythomaniaque, souvent inquiétantes et qui va progressivement s’apaiser en s’orientant sur un savoir de la langue. Il se met alors à porter une attention toute particulière à la grammaire et à l’exactitude des expressions. On peut mesurer dans ce cas l’importance qu’il y a pour ces enfants à être intégrés autant que possible dans un travail scolaire et d’apprentissage. Tel autre, aux prises avec des débordements de l’ordre sexuel dans son discours, par ailleurs très décousu, finira par développer un savoir détaillé et organisé sur la reproduction des oiseaux, permettant du même coup de localiser hors corps ce débridement. D’autres encore inventent des bricolages, tels la machine à contention de T. Grandin, qui viennent reconstituer l’image du corps ou la compléter un peu. Toutes ces inventions et ces élaborations symptomatiques permettent au sujet de localiser et de limiter les irruptions du réel et ainsi de trouver sa place dans le lien social, de s’ouvrir au monde et aux autres. »

Jean-Pierre Rouillon est psychanalyste à Clermont-Ferrand, membre de l'École de la Cause freudienne, directeur du Centre Thérapeutique et de Recherche de Nonette.

Gilles Chatenay est psychanalyste à Nantes, membre de l'École de la Cause freudienne, auteurde Symptôme nous tient. Psychanalyse, science, politique (Éditions Cécile Defaut, 2011).

Avant-propos du docteur Alexandre Stevens, psychanalyste à Bruxelles, membre de l'École dela Cause freudienne, enseignant à la Formation Continue de l'Université Libre de Bruxelles (ULB), directeur thérapeutique du Courtil (institution pour enfants, adolescents et jeunes adultes en difficultés graves).

Préface du docteur Jean-Robert Rabanel, psychanalyste à Clermont-Ferrand, membre de l'École de la Cause freudienne, président du RI3, responsable thérapeutique au Centre Thérapeutique et de Recherche de Nonette.

Judaïsme et psychanalyse - Les discours de Lacan

 Delphine Renard



Avril 2012 - Cerf - "Sciences humaines et religions" - 34 €

Si la psychanalyse résiste plutôt bien aux assauts des " nouvelles sciences " qui tendent à déclasser tant la psychothérapeutique que l'humain lui-même, c'est notamment parce qu'elle a su investir toutes les facettes de la culture.
Le religieux, en particulier la Bible, en constitue un champ de prédilection. Lecteur et aussi interprète du Premier Testament, Jacques Lacan mettait au jour, de façon étonnante, la proximité essentielle qui existe entre la tradition juive et la psychanalyse. A travers l'étude des quatre célèbres types de " discours " de Lacan (le maître, l'hystérique, l'analytique, l'universitaire), Delphine Renard nous permet de mieux comprendre le terreau humain que constitue la révélation biblique, mais aussi la lancinante question de Dieu qu'elle met en scène, réanimant ainsi notre propre désir de recherche et d'approfondissement.
Dans une époque marquée par la perte de sens et la dissolution des identités, pour ne pas dire une véritable rupture culturelle qui déchire l'Occident, les analyses et interprétations de Lacan, telles que Delphine Renard les présente, apportent un nouveau souffle à une culture désorientée.

samedi 21 avril 2012

Freud et la théorie sociale

Stéphane Haber



Avril 2012 - La Dispute - 25 €

Les sciences sociales s'éloignent aujourd'hui de l'idée selon laquelle leur contribution principale au savoir consisterait à approfondir sans cesse la découverte de l'homme moyen et de l'individu assujetti aux grandes forces collectives, découverte par laquelle elles se justifièrent à l'origine.
Désormais, la singularité biographique et caractérologique compte. Elle forme même une dimension décisive du social. Dans ces conditions, les processus par lesquels le donné social se trouve incorporé au psychisme individuel, mais aussi l'inévitable tension persistante de l'objectif et du subjectif, autrefois thèmes latéraux de la pensée sociologique, tendent à se voir reconnaître une importance centrale.
S'appuyant sur l'histoire de la psychanalyse, Stéphane Haber, professeur de philosophie à l'université Paris-Ouest-Nanterre, montre qu'une telle conjoncture invite à relire Freud de manière différente et réévalue ses apports en tant que penseur des interactions entre psychisme et société. Les enjeux de cette relecture ne sont pas purement théoriques. Ainsi. comme projet social et politique englobant.
le néolibéralisme a provoqué l'émergence de nouvelles incitations à l'auto-contrainte ( devenir plus performant, plus efficace, plus flexible, plus rationnel...) qui rappellent la violence retournée contre soi que Freud décrivait au moyen du concept de "surmoi" composante essentielle. selon lui, du psychisme individuel. On voit à quel point la critique de l'époque présente peut gagner à s'engager sur la voie d'une réappropriation judicieuse des hypothèses et des concepts freudiens

Critique du discours STM scientifique, technique et marchand - Essai sur la servitude formelle

Dominique Jacques Roth


Avril 2012 - Erès - "Humus" - 24 €

Ce livre déplie et cherche à comprendre comment, au lieu de créer une société pour les humains et non pour les bénéfices de quelques-uns, le discours scientifique, technique et marchand, qui a pris la place de l'éthique, fait participer les humains à toutes sortes d'impostures pour les leur faire valider comme un gain de liberté. Le réel, travaillé par une structure dissimulée sous le discours scientifique, technique et marchand que l'auteur érige à la dignité de concept sous le sigle « STM », impose sans vergogne les trouvailles les plus incertaines : équations financières douteuses, nucléaire civil et militaire, chaînes de Ponzi, génie génétique, NBIC etc.
aboutissant en plus des inégalités, à la pollution industrielle planétaire de l'air, de l'eau et des aliments, du dépérissement des plantes, des animaux et des hommes. Supposant un sujet dont le discours « STM » veut toujours se débarrasser, c'est le rôle de la psychanalyse de ne pas céder sur l'éthique, chacun ayant à répondre de la responsabilité de son inconscient non seulement là où ça parle, mais également là où ça revient sous la forme d'un réel répétitif et traumatique, celui de la catastrophe.



Voix - Suivi de Chut !

Gérard Wajcman



Avril 2012 - Nous (editions) - Collection : Antiphilosophique - 12 €

Voix est le tout premier livre de Gérard Wajcman.
Publié pour la première fois en Suisse en 1979 avec le titre "Voix-le face à la chute des sons nus", il devint vite indisponible. Cette nouvelle édition souhaite rendre à ce bref essai la visibilité qu'il n'a jamais eue. Le point de départ pour cette réflexion sur la voix, "objet petit a" lacanien, est l'expérience, troublante et saisissante, de l'écoute des rares enregistrements des voix de castrats.
À partir de cette figure paradoxale et étrange qu'est le castrat, l'analyse de Wajcman se confronte non seulement à l'agencement de la voix à la musique - notamment dans l'opéra - mais d'une manière générale à la "corporalité" de la voix, à la voix comme "signe" d'un corps sexué, au rapport entre voix et image et, finalement, à l'affect autant puissant qu'énigmatique qu'une voix produit sur son auditeur.

Des expériences intérieures, pour quelles modernités ?

Julia Kristeva (dir.)


Avril 2012 - Cécile Defaut (Editions) - 22,40 €

Philosophe, photographe, physicien, psychanalyste, anthropologue, historien, traducteur, architecte, linguiste, chacun de ceux qui parlent ici - ils ont donné une conférence au centre Roland-Barthes dans la première décennie du XXIe siècle -, vient renouveler l'approche du sujet dans l'espace de la langue ; en d'autres termes, élargir en le questionnant le spectre des expériences intérieures.
Et si celui qu'on appelle " le sujet ", qui s'obstine encore à chercher sa condition hors du monde, se tenait tout à la fois entre sens et insignifiance ? Les " photos sans intention " de Raymond Depardon y invitent, comme la vanité de " l'égotisme " des philosophies du sujet pointées par Vincent Descombes, ou les " incantations au grand tout moniste " qui amusent Etienne Klein. " Une langue, ça n'appartient pas ", rappelle Barbara Cassin par la voix de Derrida, tandis qu'Irène Catach Rosier ranime l'efficace des langues après Babel.
Anne-Lise Stern souligne la compétence de la parole à panser/penser contre l'impensable, Carlo Ossola l'infini palimpseste sur lequel se trace toute écriture, et Jean Nouvel l'effort de la transmission des symboles dans la sédimentation des lieux. L'énergie de la langue passe, pour Jean-Michel Deprats et François Marthouret, dans " le dire du théâtre ", et risque sa puissance sous le tranchant de la traduction.
Alain Corbin redit que " l'écriture de soi " a naguère rêvé de soigner le plaisir solitaire ; mais Lionel Naccache interpelle " le sphinx interprète ", et Bernard Brusset réveille l'inconscient freudien. Les modernités ne sauraient faire sans le sujet parlant, et sans le langage qui opère sur lui.